COVID-19 : une étude d'ampleur sur les infections fongiques contractées en réanimation

Dues à des micro-champignons, ces co-infections peuvent donner des complications mortelles chez les patients COVID-19 atteints de détresse respiratoire aigu?. Quelle est la prévalence de ces infections chez les patients COVID-19 ventilés mécaniquement dans les unités de réanimation ? Coordonnée à Rennes, l'étude multicentrique fran?aise MY-CO-VID inclut déjà plus de 500 patients. Elle va pallier le peu de données disponibles dans le monde, et guider les médecins pour la prise en charge des patients concernés.

Microchampignon Aspergillus fumigatus, responsable de l'aspergillose invasive - Image H. Guegan/CHU Rennes
  1. Des co-infections mal connues et mal comprises
  2. MY-CO-VID : la plus grande série mondiale de patients COVID-19 inclus dans la recherche de co-infections fongiques
  3. Une étude coordonnée à Rennes
  4. Références

Des co-infections mal connues et mal comprises

Trois infections à micro-champignons peuvent venir assombrir le pronostic des patients COVID-19 en réanimation, sous ventilation mécanique : l'aspergillose, la pneumocystose (patients en déficit de lymphocytes) et la mucormycose (patients obèses ou diabétiques).

Or, au niveau mondial, très peu de données sont aujourd'hui disponibles sur ce type de co-infection : on les conna?t mal et on les comprend aussi peu.

Pourtant, en Chine, jusqu'à 10% des patients COVID-19 atteints de détresse respiratoire aigu? (ARDS) ont déclaré une co-infection fongique, selon les rares études chinoises à avoir détaillé les caractéristiques de ces patients. D'autre part, on sait depuis peu que la co-infection fongique en cas de grippe sévère est associée à un taux de mortalité de 16 à 23%.
 

MY-CO-VID : la plus grande série mondiale de patients COVID-19 inclus dans la recherche de co-infections fongiques

Dans ce contexte, l'étude clinique multicentrique fran?aise MY-CO-VID (réf. ClinicalTrials.gov NCT04368221) associe 18 centres hospitaliers avec deux objectifs principaux :
  • mettre en place un protocole d'étude simple et unique de suivi en unités de soins intensifs des patients COVID-19 atteints de détresse respiratoire aigu?. L'intention est de diagnostiquer rapidement, par l'analyse moléculaire, toute infection fongique invasive et d'estimer ainsi la proportion de patients atteints ;
  • comprendre comment les champignons infectent et colonisent ces patients, de leur admission à leur sortie des soins intensifs. Le but ici est d'optimiser le parcours de ces patients et d'en réduire la mortalité. Ce suivi systématique va en effet permettre de proposer très vite un traitement curatif ciblé. Selon les données obtenues, des stratégies amont pourront être envisagées (chimioprévention antifongique pour les patients, adaptation et traitement de l'environnement de soins).

Au 31 ao?t 2020, plus de 500 patients ont déjà été inclus dans 18 centres hospitaliers actifs. Par ordre alphabétique, ce sont les CHU de Brest, Grenoble, Lille, Lyon, Nantes, des h?pitaux de l'AP-HP à Paris (Avicenne, Bichat, Georges Pompidou, Henri Mondor, La Pitié Salpêtrière, Lariboisière/Saint-Louis, Necker, Tenon), ainsi que les CHU de Poitiers, Rennes, Strasbourg, Toulouse et Tours.  

Le gel de la base de données est prévu pour début octobre et l’analyse statistique courant novembre 2020.
 

Une étude coordonnée à Rennes

La coordination de l'étude est assurée par Jean-Pierre Gangneux. Ce professeur à l'Université de Rennes 1 dirige le laboratoire de parasitologie - mycologie du CHU de Rennes et mène ses recherche à l'Irset. Il est également président de la Société fran?aise de mycologie médicale, et secrétaire général de la Confédération européenne de mycologie médicale.

Le Pr Gangneux coordonne l'étude MY-CO-VID en collaboration avec ses collègues en CHU Marie-Elisabeth Bougnoux (Necker et Institut Pasteur), Eric Dannaoui (H?pital européen Georges Pompidou) et Jean-Ralph Zahar (Avicenne et Bobigny).
 

Références

J.-P. Gangneux, Pr, MD, PhD, President of the Société fran?aise de mycologie médicale, M.-E. Bougnoux, Dr, MD, PhD, E. Dannaoui, Dr, MD, PhD, M. Cornet, Pr, MD, PhD, and J.R. Zahar, Pr, MD, PhD
J Mycol Med. 2020 Jun; 30(2): 100971. Published online 2020 Apr 6. doi: 10.1016/j.mycmed.2020.100971
 
Jean Pierre Gangneux, Florian Reizine, Hélène Guegan, Kieran Pinceaux, Pierre Le Balch, Emilie Prat, Romain Pelletier, Sorya Belaz, Mathieu Le Souhaitier, Yves Le Tulzo, Philippe Seguin, Mathieu Lederlin, Jean Marc Tadié, Florence Robert-Gangneux
J Fungi (Basel). 2020;6(3):E105. Published 2020 Jul 10. doi:10.3390/jof6030105
 
Paul E Verweij, Jean-Pierre Gangneux, Matteo Bassetti, Roger J M Brüggemann, Oliver A Cornely, Philipp Koehler, Cornelia Lass-Fl?rl, Frank L van de Veerdonk, Arunaloke Chakrabarti, Martin Hoenigl
The Lancet Microbe, Volume 1, ISSUE 2, e53-e55, June 01, 2020 - Open Access - Published:May 08, 2020 DOI:10.1016/S2666-5247(20)30027-6